Le 1er album de Creedence Clearwater Revival a 55 ans

Le 15 juillet 1968 arrivait dans les bacs le premier opus éponyme de Creedence Clearwater Revival.

Les années de galère

Lorsque sort ce premier disque de Creedence Clearwater Revival en 1968, cela fait déjà 10 ans que les membres du groupe essaient de percer, mais sans succès. Que ce soit d’abord en trio initié par John Fogerty, Doug Clifford, et Stu Cook, puis ensuite rejoint par le frère ainé Tom Fogerty au chant principal, aucune formule ne convainc vraiment. Sous le nom des Blues Velvets puis des Golliwogs, le quatuor originaire de San Francisco peine à trouver son public, et l’appel sous les drapeaux en 1966 de John Fogerty et Doug Clifford rajoute de la difficulté à asseoir une carrière sur la durée.

Tom Fogerty, Doug Clifford, Stu Cook, et John Fogerty en 1968 © Domaine public

Mais en cette fin des sixties, le groupe fait deux choix qui vont devenir capitaux et marquer le tournant de sa carrière : tout d’abord, il change de nom, optant pour un patronyme à rallonge, très en vogue à l’époque (par exemple Quisikver Messenger Service). Bien que la juxtaposition des trois termes « Creedence Clearwater Revival » (foi, eau-claire, renaissance) semble sans signification apparente, il s’avère en fait que chacun de ces mots a été choisi pour une raison bien précise :

  • « Creedence » est un clin d’œil à un ami de John Fogerty : Credence Nuball
  • « Clearwater » est une référence à un slogan dans une publicité télévisuelle de l’époque vantant une marque de bière mais marque aussi, et surtout, leur engagement écologique
  • et « Revival » pour conjurer leur passé de Golliwogs et pour indiquer leur nouvelle orientation musicale : un retour aux racines américaines blues, rock’n’roll, folk et country (un peu comme Ten years After qui s’était appelé ainsi en référence au rock’n’roll né en 1954)

Changement de leader

Deuxième révolution interne : John Fogerty qui était resté jusqu’alors plutôt en retrait vainc sa timidité et prend la place de chanteur principal en même temps qu’il affirme son jeu de guitare incisif. Il va rapidement devenir la force motrice du groupe en écrivant et composant la majeure partie des chansons, et en incarnant un style immédiatement reconnaissable. Même si sur la pochette de ce premier album il est encore au fond, presqu’effacé par rapport aux autres membres du groupe, il marque le disque de sa voix puissante et de son phrasé de guitare simple, efficace, délicieusement roots.

Encore avec sa petite moustache qu’il ne tardera pas à abandonner, il s’impose comme un chanteur et guitariste avec qui il va falloir compter. Et son coup de génie est de ne justement pas prendre le même chemin que ses concurrents de l’époque.

Les chantres du « classic-rock »

Ce clip promotionnel du titre d’ouverture I put a spell on you ne peut s’empêcher de reprendre les codes visuels du psychédélissime de l’époque. Mais Creedence comme on va bientôt les surnommer (ou CCR) prend le contrepied de la mode musicale de cette fin d’années soixante : aux longues jams improvisées de l’acid-rock façon Grateful Dead ou Jefferson Aiprlane, aux mélodies pop colorées des britanniques, ou au hard-rock naissant des deux côtés de l’Atlantique, le quatuor californien oppose un rock de facture on ne peut plus classique. Morceaux courts, harmonies simples, mélodies et refrains instantanément reconnaissables… John Fogerty invente ce qu’on appellera plus tard le « classic-rock », ce style qui semble avoir toujours existé aux Etats-Unis, entre tradition et modernité.

Avec quelques accents « swamp » et ce timbre de guitare si particulier, le groupe pourtant originaire de San Francisco va donner l’impression de provenir de Louisiane et son bayou marécageux. Forgerty puise dans la culture du sud des Etats-Unis et signe des compositions qui se fondent dans la tradition américaine en côtoyant tout naturellement les reprises de standards. Get Down Woman et The Working Man ne dépareillent pas aux côtés de Ninety-Nine and a Half (Won’t Do) de la maison Stax, I Put a Spell on You de Screamin’ Jay Hawkins, ou Susie Q de Dale Hawkins.

Cette chanson pourtant déjà reprise par les Rolling Stones en 1964 va devenir une incontournable du répertoire de Creedence et plus tard de Fogerty en solo. Cette version qui parait en 1968 marque les esprits par sa longueur, d’ailleurs le morceau sera scindé en deux parties pour rentrer sur le format 45 tours. A noter que l’orthographe du titre change par rapport à Dale Hawkins et les Rolling Stones : Susie Q (avec un s) devient Suzie Q. (avec un z et un point après le Q). En fait le groupe revient à l’orthographe « initiale », celle du pas de danse swing, le Suzie Q des années 1920-1930 et de la chanson de Lil Armstrong, Doin’ the Suzie-Q.

Du blues et du folk-rock

Bien que Creedence Clearwater Revival s’inspire de l’histoire de son pays à travers un style musical fortement ancré chez les classes populaires (ce qui lui vaudra en grande partie son succès), le quatuor californien n’oublie pas pour autant de s’inscrire dans son époque. La partie de guitare à l’envers sur Gloomy qui s’enchevêtre avec un autre solo, l’impro qui dure sur Suzie Q., les bends pleurant sur I Put a Spell on You, toutes ces petites touches placent la musique de ce disque dans une modernité qui l’empêche de sonner comme du folklore redneck. Tout en jouant du rhythm and blues, Fogerty pense intelligemment à sonner légèrement comme ses confrères. C’est ce qui lui permettra d’être aimé à la fois par les familles américaines traditionnelles et les jeunes hippies du moment. Il aura même l’intelligence plus tard d’écrire des textes subtilement contestataires sans l’air d’y toucher (Fortunate son, Who’ll stop the rain).

Sur ce premier album figurent même des titres à mi-chemin entre pop et folk-rock, qui datent d’ailleurs de l’ère des Golliwogs : Porterville et Walk on the Water ont été enregistrés en singles en 1967.

Mais, et c’est ce qui fait toute la force du disque, Fogerty signe également un excellent morceau qui sonne comme s’il avait été composé avant-guerre. Avec Get Down Woman, Creedence Clearwater Revival mêle habilement du bon vieux blues au sein d’autres couleurs plus contemporaines. La chanson ne semble pas anachronique parce que c’est justement le style de ce « nouveau » groupe, en passe de devenir le plus populaire des Etats-Unis, voire de la planète rock des sixties-seventies.

Une recette que Fogerty et ses compagnons vont parfaire sur les albums suivants. Après dix ans à se chercher, Creedence Clearwater Revival atteignait enfin son but avec ce premier opus au sucés immédiat et qui n’allait plus les arrêter. Un disque sorti il y a 55 ans aujourd’hui.

© Jean-François Convert – Juillet 2023

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3 commentaires sur “Le 1er album de Creedence Clearwater Revival a 55 ans

  1. J’adore ce groupe

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  2. Même s’il n’est franchement pas le meilleur album du Creedence, je lui garde une vraie affection pour ses sonorités gentiment psychédéliques bien dans l’air du temps et dont Fogerty et compagnie auront la bonne idée de se débarrasser par la suite en épurant leur musique.
    Bravo et merci pour ce superbe article qui donne envie de se replonger dans la dense discographie du groupe.

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