L’album ‘Santana 3’ fête son demi-siècle

En septembre 1971 sortait le 3ème opus du groupe Santana, sobrement titré ‘3’. Retour sur le final d’un trilogie incontournable.

Indissociable des deux albums précédents

Avec le premier disque éponyme en 1969 et Abraxas en 1970, cet album sorti en septembre 1971 clôt une trilogie parfaitement homogène, et referme la première période musicale du groupe Santana. L’opus suivant Caravanserai (1972) amorcera clairement le virage jazz-rock et parfois un peu plus expérimental. Il faudra attendre 1976 et le disque Amigos pour revenir aux ambiances latino des débuts.

Santana-1969

Pour l’heure, Santana surfe sur son succès depuis Woodstock et conforte sa recette de cocktail entre rock, blues et musique sud-américaine. Des percussions très présentes, des rythmes afro-cubains ou brésiliens, et une ambiance exotique tout au long de l’album.

La quintessence du ‘rock latino’

Même si à y réfléchir de plus près, le terme « latino » est mal approprié (en quoi l’Amérique du sud est-elle vraiment « latine », si ce n’est dans une vision colonialiste ?), il est entré dans les usages, et le style ‘rock latino’ a trouvé en Santana son plus fidèle représentant. Tout au long de sa carrière, Carlos Santana explorera différents styles, du blues psychédélique au rock expérimental en passant par le jazz fusion, mais reviendra constamment et régulièrement à ses origines mexicaines. Et ce Santana 3 n’est pas avare en ambiances hispaniques ou morceaux carrément typés rumba ou salsa. Guajira en est sans doute le meilleur exemple.

© Denys Legros

Congas, Timbales et Trompette donnent clairement le ton. De même, les paroles en espagnol, tout comme dans Para los Rumberos, nous situent musicalement soit au Mexique soit en Amérique « latine ». Mais, et c’est la force de Santana, les arrangements mêlent habilement cette couleur ‘latino’ avec un son très rock, notamment à travers la guitare, ou plutôt DES guitares.

Un deuxième guitariste

C’est effectivement la révolution de cet album par rapport aux deux premiers : Carlos Santana n’est plus seul à la six-cordes, il est rejoint par Neal Schon. Les deux musiciens s’en donnent à cœur-joie en se répondant l’un l’autre, en s’échangeant les solos, ou au contraire en jouant de façon harmonisée. Sur la plupart des morceaux, le mix répartit bien les deux guitares des deux côtés de la stéréo et offre ainsi à les entendre distinctement. En revanche, des sonorités similaires et des styles de jeu pas si éloignés que ça ne permettent pas toujours d’affirmer à 100% qui est qui sur les versions studio.

Sur les apparitions live, on constate que Carlos a troqué la SG des débuts pour une Les Paul, à l’image de Neal. Il passera ensuite à une Yamaha, fera un détour par la Strat au début des eighties avant de choisir définitivement la Paul Reed Smith.

Question son justement, il se dit que la mythique pédale de distorsion ‘Big Muff’ aurait été utilisée sur cet album. Sans doute un des premiers à utiliser cet effet légendaire. Quelques années plus tard, il deviendra la signature sonore de David Gilmour, à partir de l’album Animals en 1977. Ce sera aussi la marque de fabrique du son Grunge dans les nineties.

De gauche à droite, 3 versions de la pédale ‘Big Muff’. La première version commercialisée vers 1971, la deuxième « Ram’s Head » du milieu des années 70, et enfin la version actuelle depuis 1990. Ceci est un très très gros résumé. Pour plus de détails, consultez la page ultime en matière d’encyclopédie Big Muff :

Qu’elle qu’en soit la recette, le son des deux guitares déborde de chaleur et de sensualité, et l’ombre d’Hendrix n’est jamais bien loin. C’est d’ailleurs ce qui rend la musique de Santana captivante : ne pas s’enfermer dans un style.

Rock, Soul, Blues et Pop

Le groupe a eu l’intelligence de ne pas devenir une caricature de lui-même. Plutôt que de se cantonner dans le rôle de ‘chicanos’, la formation de Carlos Santana s’est aventurée sur les terres musicales en vogue à l’époque. Le rock à tendance funk sur Jungle strut côtoie du Rhythm and blues avec No one to depend on ou Everybody’s Everything et ses cuivres qui sonnent presque Blues Brothers avant l’heure. Et le groupe se montre formidablement rock en concert

La voix gorgée de soul de Greg Rolie fait merveille sur le bluesy Taboo et vire falsetto sur Everything’s Coming Our Way. Un morceau dont on peut entendre une version instrumentale enregistrée avec Eric Clapton l’année précédente en novembre 1970. Slowhand sortait tout juste auréolé du succès de son album monument avec les Dominos, Layla and other assorted love songs, enregistré 2 mois auparavant..

La démarche de Carlos Santana de jouer avec Eric Clapton (qu’il retrouvera à plusieurs repises sur scène au cours de sa carrière) témoignait parfaitement d’une ouverture d’esprit et d’un éclectisme musical qui allait caractériser une discographie riche, dense et chamarrée. On n’appelait pas encore cela de la world music, mais Santana frappait fort avec ce 3ème album, aux carrefours de la tradition sud-américaine, du blues, de la soul et du jazz-rock à venir. C’était il y a tout juste 50 ans.

© Jean-François Convert – Septembre 2021

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