Le 31 août 2016 avait lieu la première mondiale du film ‘La La Land’, lors de la soirée d’ouverture du Festival international du film de Venise.
Dire que La La Land a redynamisé le genre de la comédie musicale est un euphémisme. L’âge d’or de ce style cinématographique est généralement situé dans les années 30-40-50 dès l’arrivée du parlant en 1929 avec Le chanteur de Jazz. Une seconde vague poursuit l’aventure durant les sixties et seventies avec la pop puis plus tard le disco. Mais à partir des années 80 et surtout 90, le film musical ne fait plus recette et tombe en désuétude. Il faut attendre le tournant du siècle (et même du millénaire) pour le voir revenir à la mode. A part quelques exemples isolés dans les années 2000 tels Moulin Rouge ou la saga des High School Musical, c’est véritablement la décennie suivante qui voit ressurgir un genre qu’on pensait moribond voire définitivement enterré.
Ce second âge d’or du film musical débute à partir de l’année 2014 avec la sortie des films Into the Woods de Rob Marshall tiré de la comédie musicale éponyme, et Jersey Boys de Clint Eastwood, adapté de la comédie musicale du même nom de Rick Elice et Marshall Brickman, et inspiré de la carrière du groupe The Four Seasons (Wikipedia).
La La Land sort aux Etats-Unis en décembre 2016, mais est projeté en première mondiale lors de la soirée d’ouverture du Festival international du film de Venise. Personnellement je l’ai vu en février 2017. J’y ai tout de suite vu une sorte de parfaite fusion entre West Side Story et Les Demoiselles de Rochefort. Et j’ai été subjugué par la séquence d’ouverture : un plan séquence rivalisant de virtuosité…
Il s’avère qu’en réalité il y a deux coupes au milieu, lors de mouvements très rapides de caméra (technique dite du « whip pan« ), et qu’on ne peut apercevoir qu’en lisant au ralenti image par image. Dans la vidéo ci-dessous le premier raccord est à 00:53, le second à 02:38.
Dès cette première scène, on est emporté par la caméra virevoltante, les couleurs flamboyantes, les chorégraphies endiablées… un tourbillon visuel mais aussi sonore et surtout musical. Car, outre le scénario qui raconte l’histoire de deux artistes poursuivant leurs idéaux dans la cité du rêve par excellence, outre l’interprétation sans faille de Ryan Gosling et Emma Stone (assurant en plus le chant et la danse), outre la mise en scène parfaitement maitrisée de Damien Chazelle, ce qui fait la force de La La Land c’est avant tout la musique de Justin Hurwitz.
Des chansons qui accrochent dès la première écoute et restent dans la tête bien après la projection, au point de se ruer sur YouTube pour les écouter et réécouter encore et encore, en boucle, les jours suivant la séance de cinéma. Des mélodies qui remettaient le swing à l’honneur, et en cette deuxième moitié des années 2010, le succès n’était pas forcément gagné d’avance.
Mais la recette harmonique de placer l’accord de sixte en majeur dans la quasi-totalité des morceaux a visiblement eu son effet puisque l’intégralité de la bande son est vite devenue incontournable sur toutes les lèvres aux quatre coins du monde. Qui n’a pas fredonné City of Stars ou A Lovely Night ?
Et puis l’étape suivante a été d’acheter non seulement le disque avec toutes les chansons, mais également celui avec tous les passages musicaux du film. Et au fil des écoutes, quel bonheur de découvrir l’enchevêtrement des mélodies de morceau en morceau. On le sait, le principe récurrent dans les musiques de films est d’arranger un même thème dans différentes orchestrations.
Mais pour La La Land c’est carrément ce qui construit la bande son : chaque chanson possède son double en version instrumentale jazzy. Un mode majeur se transforme en mineur (Another Day of Sun / It Pays), un tempo de romance devient un shuffle sur les chapeaux de roues (City of Stars / Boise), ou inversement un rythme dansant est adapté en complainte nostalgique (Someone in the Crowd / Engagement Party).


Malgré ces changements, si on écoute bien, on reconnait l’ossature mélodique, et c’est ce qui donne à la partition de Justin Hurwitz une unité, une homogénéité indéniable. Que l’on passe de la fièvre enthousiaste de Another Day of Sun et Someone in the Crowd à la mélancolie de City of Stars, de la nonchalance de A Lovely Night au lyrisme de The Fools Who Dream, on garde la sensation d’un même univers musical, mélodique, rythmique et harmonique.
Et on ne peut oublier le magnifique thème qui relie les deux protagonistes : Mia and Sebastian’s Theme décliné en piano solo dans le club de jazz, en valse pour orchestre à cordes et vents au planétarium, ou en envolée romantique lorsque Mia court rejoindre Sebastian pour leur premier rendez-vous au Rialto, scène qui déclenche le début de leur idylle.
Car oui, La La Land est aussi une histoire romantique à l’ancienne, mais qui contrairement à ses ainées ne se referme pas de façon classique… tout en nous montrant quand même comment cela aurait pu (dû ?) se terminer avec la fameuse séquence dite de « fin alternative » ou intitulée Epilogue en VO. A travers des hommages visuels et musicaux aux grands classiques du genre (Tous en scène, Un américain à Paris…) ce final fantasmé offre un échappatoire rêvé à la vie réelle… une belle métaphore du cinéma.
Vivez vos rêves, dansez, chantez, et rêvez votre vie comme si c’était un film… c’est peut-être ça le message de La La Land, qui fête ses 10 ans aujourd’hui.
© Jean-François Convert – Août 2026




