Joseph Martone et Tio Manuel ont sorti chacun un album récemment, tous deux chez Inouie Distribution. Un versant sombre et l’autre plus lumineux d’une musique à forte inspiration américaine.


J’avais découvert Joseph Martone en 2020 avec son premier album Honey Birds. Sorti le 6 février dernier (Rivertale Productions – InOuïe Distribution), son nouvel opus Endeavours poursuit dans cette veine crépusculaire. Les tonalités des 9 morceaux sont pour la plupart en mineur, et même lorsque ce n’est pas le cas, la mélancolie prédomine comme dans la chanson-titre. Les sonorités évoquent Nick Cave et Calexico, avec une atmosphère parfois morriconienne. Sans doute que l’origine napolitaine du songwriter n’est pas étrangère à cette affiliation naturelle avec le compositeur attitré de Sergio Leone. Le solo du single Lying Low semble provenir d’un western italien. L’impression est renforcée par les cordes sur l’outro, ou le chapeau arboré par Martone :
Les influences country-blues américaines sont bien là, mais avec un décor qu’on imagine plutôt nocturne et un brin lugubre. Un sentiment appuyé par les voix féminines fantomatiques.
A l’inverse, Tio Manuel nous dépeint un paysage ensoleillé dans son neuvième album The Track of the Magnificent 9 paru le 27 février ( (El Tio – InOuïe Distribution). Sa musique évoque des déserts arides, des longues routes droites, et un climat cinématographique lui aussi mais qui renvoie plus vers Springsteen, Neil Young ou Tom Petty même si Calexico n’est parfois pas non plus très loin… Si on ajoute également des chœurs féminins, Manuel et Martone se rejoignent sur certains points. Sauf que qu’ici ce sont les origines espagnoles du chanteur qui se traduisent dans certains chœurs.
L’autre différence se situe dans l’énergie qu’on ressent ici plus positive et lumineuse (le titre sans équivoque « Hope is better than dope »). Les guitares sont nerveuses, parfois en slide, la rythmique souvent up-tempo traduit la route et le voyage, comme en témoignent les clips des singles de Fall et le superbe et solaire Big easy où Tio Manuel parcourt la mythique Highway 61, et glisse même quelques phrases en français :
Et juste après, Louisiana Blues conclut l’album sur une note de pur blues avec une structure qui rappelle celle du classique Rollin’ and Tumblin‘. Les sons de l’harmonica et du bottleneck (et du chien de Tio qui aboie !) renvoient instantanément à l’imagerie fantasmée qu’on se fait ici de l’Amérique.
Deux européens qui rêvent d’Outre-Atlantique. L’un italien, l’autre espagnol, tout deux en quête de musique americana. Deux projets qui se répondent, deux styles qui offrent certaines similitudes en même temps que les deux faces d’influences communes. Un diptyque à savourer de jour comme de nuit en fonction de l’humeur et du moment.
© Jean-François Convert – Mars 2026



