Le batteur-pianiste-compositeur Claude Salmiéri a sorti un double album ‘Croisière Jazz, embarquement immédiat’ en compagnie de musiciens renommés dont Denys Lable, Roland Romanelli et Yvon Guillard.
Au printemps 2023, j’avais eu l’immense plaisir de m’entretenir longuement avec Denys Lable à l’occasion de la sortie de son album Dédoublé. Cela s’était concrétisé par un article sur franceinfo
. Quelques mois plus tard, un deuxième clip voyait le jour pour le morceau Willow weep for me.
Ce guitariste a eu une carrière bien remplie en accompagnant les plus grands artistes français : Cabrel, Jonasz, Berger… Et ses influences musicales ont parfaitement résonné avec mes goûts personnels : il cite entre autres Eric Clapton, Ry Cooder, Steve Cropper, B.B. King… Nous sommes restés en contact et j’ai pu écouter ce double album sorti récemment où Denys intervient aux côtés d’autres musiciens renommés : Croisière Jazz, embarquement immédiat.
Il s’agit d’un projet initié par Claude Salmiéri, batteur, pianiste, compositeur et arrangeur français, issu d’une famille de musiciens d’origine italienne. Une « pointure » dans le milieu musical. Comme le dit Denys Lable : « Dans les grands batteurs français, il y a Manu Katché et Claude Salmieri. » Et justement sur ce double album, en plus d’être derrière les fûts, il signe la quasi-totalité des 25 titres, pour la plupart instrumentaux.

Le morceau d’ouverture La croisière met tout de suite dans l’ambiance : entre jazz-rock et soul-pop aux arrangements raffinés, on navigue sur un groove nonchalant et décontracté. On sait que la houle ne sera pas trop forte et le voyage agréable. On sent la chaleur du soleil, on profite des paysages depuis la proue, et on aperçoit au loin des rivages accueillants. Cette atmosphère estivale se retrouve dans de nombreux titres dont plusieurs sont co-composés avec le trompettiste Yvon Gaillard : La croisière, Babord ou encore Soul party avec le chanteur Paul Breslin.
Car même si la couleur instrumentale domine, on trouve quand même plusieurs morceaux chantés : Soul party donc, mais aussi le nostalgique Life is not a dream, les dansants 1979 et Philadelphie Fever, et surtout deux reprises de deux grands classiques, For no one (écrit par Paul McCartney et sorti en 1966 sur Revolver) très ralenti en mode bluesy, alors que le standard du jazz My funny Valentine se voit au contraire considérablement accéléré. Dans les deux cas, l’orchestration change radicalement le morceau tel qu’on le connait, et la voix du chanteur apporte elle aussi une couleur inédite.
Paul Breslin est malheureusement décédé et ce double album lui est dédié. Ironie du destin, je lui trouve des intonations parfois similaires à Chris Rea qui nous a quittés récemment. La chanson Life is not a dream avait déjà été enregistrée une première fois il y a quelques années avec les incontournables Denys Lable et Christian Padovan, Claude Salmiéri assurant la batterie et les claviers :
La version figurant dans ce nouveau disque débute de façon encore plus épurée, avant de s’envoler sur le final, lui conférant une dimension particulière en forme d’hommage au chanteur. L’outro pleine d’emphase et de joie avec ses chœurs nous invite à perpétuer la mémoire de nos proches disparus de façon positive et ouverte aux autres, plutôt que triste et renfermée. La musique a ce pouvoir de soulager un peu les peines.
Dans ce même esprit d’apaisement et de sérénité, on remarque également la collaboration de Roland Romanelli, l’accordéoniste de Barbara (mais aussi de Jean-Jacques Goldman, Vladimir Cosma, Guy Béart, Leny Escudero et Francis Lai, entre autres) qui offre une magnifique partition de son instrument sur le mélancolique Walk on the Copacabana.
Une couleur relaxante qu’on retrouve dans l’atmosphère nocturne enveloppante du superbe Starry night ou la sensation planante et aérienne du très beau Cirrus. Et d’une autre manière dans le style détendu façon club lounge de Labyrinthe ou Cloud draw.
Ces ambiances calmes sont contrebalancées par des grooves funky (Escale à Rio, Babord, Pygmés song, le bien nommé Funky groove, Start up…), des guitares bluesy (Babord, Again an not again, Easy lady…), parfois slide (funky groove, Mrs Devereaux Racoon…) ou des shuffles funky (Grand malheur… ).
Certains titres de morceaux sont en forme de clins d’œil : un hommage aux orchestrations luxuriantes de Quincy Jones avec Mr Quincy, un climat qui semble issu d’une série policière des seventies dans Inspecteur Colombo, et le patronyme mystérieux Mrs Devereaux Racoon qui pourrait faire référence aussi bien au film Ma mère, ses hommes et moi (My One and Only en V.O.) qu’à Rocky Racoon, une chanson de… Paul McCartney (sur le double blanc paru en 1968)… Une façon de boucler la boucle avec la reprise de For no One ?
Peu importe la signification exacte, il est évident que tous ces musiciens possèdent une grande culture musicale et s’amusent des références, que ce soit par leurs interprétations ou les noms donnés aux morceaux. Parmi la douzaine d’intervenants sur le disque, outre les quatre personnalités mises en exergue sur la pochette, on note la présence du déjà cité et illustre Christian Padovan à la basse (il figurait aussi sur l’album Dédoublé), de son alter ego Jimmy Top, fils du non moins célèbre Jannick Top (entre autres bassiste chez Magma), ou encore d’Eric Sauviat, guitariste que j’ai pu apprécier notamment sur l’album Working on the farm des County Jels.


Rien que du beau monde pour deux heures de musique de grande qualité. De quoi bien débuter l’année en s’évadant mentalement aux sons de Claude Salmiéri, Denys Lable, Roland Romanelli, Yvon Guillard, et tous leurs « Friends ».
© Jean-François Convert – Janvier 2026








