Hier soir dans le cadre du rendez-vous estival hebdomadaire ‘L’Été en cinémascope’ dans le quartier Monplaisir à Lyon, j’ai vu pour la première fois le film ‘Moulin Rouge’ réalisé par Baz Luhrmann, sorti en 2001.
Sommaire
Le berceau du cinéma
J’habite le quartier ‘Monplaisir’ à Lyon, quartier où est né le cinéma, et où a été tourné le tout premier film de l’Histoire, La sortie des usines Lumière. C’était le 19 mars 1895, et la rue en question s’appelle désormais « la rue du premier film » avec une plaque indiquant où Louis Lumière avait posé sa caméra. La maison familiale Lumière est devenu L’Institut Lumière avec un musée sur les débuts du cinématographe, et j’ai même eu l’occasion d’y suivre des cours par un certain… Thierry Frémaux… bien avant qu’il soit délégué général du Festival de Cannes. C’était il y a quelques années, voire quelques décennies déjà… quand j’étais étudiant en licence d’études cinématographiques, l’année même du centenaire de la naissance du cinéma.

© Wikimedia Commons

© Wikimedia Commons


Un rendez-vous estival plus que trentenaire
A cette même période, il y a plus de 30 ans donc, l’Institut Lumière débutait l’organisation d’un évènement estival : L’Été en cinémascope. Depuis sa première édition en 1993 (je me souviens y avoir vu L’Homme de la plaine d’Anthony Mann avec James Stewart), ce cinéma en plein air rencontre un succès qui ne faiblit pas, bien au contraire. Aux premières projections auxquelles on assistait le plus souvent assis ou couché par terre se sont succédés des dispositifs plus conséquents avec notamment l’installation de gradins et de chaises. Au plus fort de la fréquentation, des chiffres entre 2000 et 3000 personnes sont évoqués…
Une ambiance particulière avec le bruit de fond de la circulation et des bistrots adjacents, les habitants chanceux qui peuvent admirer le film depuis leur balcon, et la sensation d’être au spectacle à l’ancienne, avec le public qui applaudit à la fin de la projection. J’ai même le souvenir d’applaudissements en cours de film, à l’apparition de Steve McQueen en capitaine des pompiers héroïque dans La tour Infernale que j’avais vu avec mon frère ainé il y a de ça quelques années, pour ne pas dire plus… Quant aux déconvenues météorologiques survenues en cours de projection, elles obligeaient parfois à finir de regarder le film en se serrant sous le kiosque pour celles et ceux qui n’avaient pas prévu de parapluie. Des souvenirs amusants qui ressemblent à ceux mis en scène dans le touchant Cinema Paradiso.
Une chose en revanche que je n’avais jamais expérimentée jusqu’à présent est la distribution gratuite de glaces comme c’était le cas hier pour la dernière séance de cet été 2026.
‘Moulin Rouge’ en clôture cette année
Pour refermer cette édition 2026, c’est le film Moulin Rouge de Baz Luhrmann, sorti en 2001, qui était à l’affiche. Il avait déjà été programmé l’année dernière, mais annulé pour cause de tempête ! On peut y voir un signe, tant ce long-métrage est lui aussi tempétueux… Fidèle à son style emphatique, Luhrmann n’a pas lésiné sur les effets visuels et sonores pour illustrer cette histoire narrant les affres de l’amour. Si vous aimez la sobriété, l’épure et le dépouillement, passez votre chemin !
J’avais déjà éprouvé le style singulier de Baz Luhrmann dans Roméo + Juliette et Elvis. Autant ça m’avait un peu gêné dans le biopic sur le king of rock’n’roll car je trouvais que ça desservait le propos et l’aventure musicale, autant je l’ai trouvé bien plus adapté à cette fresque romantique et passionnelle. Le cadre historique des années folles et du quartier du Moulin Rouge se prête totalement à la démesure, la surenchère, le kitch et l’effervescence permanente. Des décors boursouflés, des travelings tourbillonnants, des angles de prise de vue qui donnent le vertige, un montage façon clip, des effets spéciaux qui relient les différents lieux, des sursauts comiques récurrents, une interprétation volontairement surjouée, et bien sûr une bande son à l’avenant.


J’avais entendu parler d’une version particulière de Roxanne de Police dans ce film. Mais j’ai eu le plaisir de reconnaitre bien d’autres standards de la pop et du rock. C’est visiblement inhérent au style de Luhrmann : de même qu’il avait modernisé l’œuvre de Shakespeare en transposant Roméo et Juliette à notre époque avec flingues chromés et calandres de voitures rutilantes, il introduit des morceaux des années 70-80-90 dans cette romance de début du siècle. Même si les orchestrations sont compétemment réarrangées, on reconnait aisément des extraits (parfois une simple phrase citée) de plusieurs grands classiques d’Elton John, Joe Cocker, les Beatles, Queen, Police, U2, David Bowie, Madonna et même Nirvana, entre autres. J’en ai saisi la quasi-totalité à l’écoute, seuls quelques uns m’avaient échappé. Wikipédia a répertorié l’intégralité des chansons présentes dans la bande son :
- Nature Boy (interprété par David Bowie)
- Lady Marmalade (interprété par Christina Aguilera, Lil’ Kim, Mya et P!nk)
- Because We Can (interprété par Fatboy Slim)
- Sparkling Diamonds (interprété par Nicole Kidman, Jim Broadbent, Caroline O’Connor, Natalie Mendoza et Lara Mulcahy)
- Rhythm of the Night (interprété par Valeria)
- Your Song (interprété par Ewan McGregor et Alessandro Safina)
- Children of the Revolution (interprété par Bono, Gavin Friday et Maurice Seezer)
- One Day I’ll Fly Away (interprété par Nicole Kidman)
- Diamond Dogs (interprété par Beck)
- Elephant Love Medley (interprété par Ewan McGregor, Nicole Kidman et Jamie Allen)
- Come What May (interprété par Ewan McGregor et Nicole Kidman)
- El Tango de Roxanne (interprété par Ewan McGregor, José Feliciano et Jacek Koman)
- Complainte De La Butte (interprété par Rufus Wainwright)
- Hindi Sad Diamonds (interprété par Nicole Kidman, John Leguizamo et Alka Yagnik)
- Nature Boy (interprété par David Bowie et Massive Attack)
On peut également entendre des extraits ou reprises de :
- Nature Boy, de David Bowie
- The Sound of Music, issue de La Mélodie du Bonheur
- The Lonely Goatherd, issue de La Mélodie du Bonheur
- Lady Marmalade, de LaBelle
- Because We Can, de Fatboy Slim
- Complainte de la Butte, de Georges Van Parys et Jean Renoir
- Rhythm of the Night, de DeBarge
- Material Girl, de Madonna
- Smells Like Teen Spirit, de Nirvana
- Diamonds Are a Girl’s Best Friend, de Carol Channing
- Diamond Dogs, de David Bowie
- Le Galop infernal d’Orphée aux Enfers de Jacques Offenbach
- One Day I’ll Fly Away, de Randy Crawford
- Children of the Revolution, de T. Rex
- Gorecki, de Lamb
- Roxanne, de The Police
- Tanguera, de Mariano More;
- The Show Must Go On, de Queen
- Like A Virgin, de Madonna
- Your Song, de Elton John
- Chamma Chamma, de Alka Yagnik
La scène de déclaration d’amour et son Elephant Love Medley est un petit bijou de citations musicales (j’avoue en avoir reconnu 9 sur les 12 au moment du visionnage hier, je n’avais pas les numéros 1, 2 et 7) :
- Love Is Like Oxygen, de The Sweet
- Love Is a Many-Splendored Thing, de Sammy Fain
- All You Need Is Love, de The Beatles
- I Was Made for Lovin’ You, de Kiss
- One More Night, de Phil Collins
- Pride (In the Name of Love), de U2
- Don’t Leave Me This Way, de Harold Melvin and the Blue Notes
- Silly Love Songs, de Paul McCartney
- Up Where We Belong, de Joe Cocker et Jennifer Warnes
- Heroes, de David Bowie
- I Will Always Love You, de Dolly Parton
- Your Song, de Elton John
Hasard du calendrier, on y entend même I Will Always Love You, de Dolly parton, dont on a appris le décès juste avant le début de la projection. Si on croit au destin, on peut imaginer que l’intempérie de l’année dernière était faite pour que Moulin Rouge soit projeté hier soir en hommage à la chanteuse country…
Un alignement des planètes ? Un signe pour croire en l’amour ? Le film insiste à répéter qu’il n’y a pas plus beau que « d’aimer et être aimé en retour »… Mais au cours des échanges parmi les ami-e-s présent-e-s hier pour un moment d’ailleurs fort sympathique, il en est ressorti après la projection « qu’il valait mieux ne pas tomber amoureux »… Alors ? Votre avis ? Vous avez quatre heures…
© Jean-François Convert – Août 2026






