Prokop fait rimer folk et roman-fleuve avec un triple album

L’auteur-compositeur-interprète folk strasbourgeois Prokop sort le triple album fleuve ‘Love Letters from across the Street’ le 25 novembre, un triptyque qui s’écoute comme on raconte une histoire.

© Benjamin Pinard

Un disque-roman

Sortir en 2022 un opus composé de 28 chansons peut sembler à contre-courant du mode de consommation musicale actuel. mais en tant que songwriter inspiré, Prokop a voulu prendre le contre pied de ce qui doit aller vite de nos jours, et voulait justement que les gens prennent le temps d’écouter. Il explique :

« Sortir 28 chansons aujourd’hui paraît absurde. Je suis un songwriter. Ces chansons sont faites pour être ensemble, on prend le temps de s’y perdre ou de s’y plonger. Les gens ont besoin de ça, de prendre le temps. C’est nécessaire. Et s’ils n’en écoutent qu’une ou deux, c’est comme ça. L’œuvre existe, elle est disponible pour ceux qui la chercheraient. Maintenant, il faut passer à la suite. »

Et effectivement, Love Letters from across the Street constitué de trois albums s’écoute aisément d’une traite comme on lirait un livre, assisterait à une pièce de théâtre, ou regarderait un film. Ce triple-album « regroupe les considérations d’un songwriter écrivant depuis les pubs de Hull » (Kingston upon Hull, ville située dans le nord-est de l’Angleterre). L’album est séparé en trois actes :

  1. The Backyard (« le jardin »)
  2. The Sidewalk (« le trottoir »)
  3. The Pub (« le bar »)

Un ensemble cohérent et un enregistrement « live »

Prokop nous raconte comment lui est venu l’inspiration :

« Love Letters from across the Street est un ensemble de chansons que j’avais dans ma besace en arrivant d’Angleterre. Ce sont des lettres, des considérations que j’écrivais en pensant aux gens ou en regardant par la fenêtre au travers de la chaleur des pubs de Hull. Il me semblait donc difficile de les dissocier, c’était un ensemble cohérent. »

Puis, le processus d’enregistrement s’est fait de façon « live en studio » :

« En arrivant en France, j’ai monté le Bread Delivery Service, en regroupant sept mercenaires venant des quatre coins du monde. Le groupe tire son nom de la première fois que nous avons joué ensemble : autour d’un four à pain auquel nous prenions de quoi se faire des tartines pour accompagner le café, la bière et le whisky et la slivovica. Enfermés dans un manoir du Sud de la France avec des enregistreurs à bandes, nous avons enregistré les chansons, les unes après les autres, comme elles venaient. Je jouais les chansons, ils comblaient les trous. Ce qui comptait, c’était les chansons, l’ambiance et le discours. Les orchestrations, elles, venaient comme elles venaient. L’atmosphère les dictait. La maison vivante a participé à produire une musique vivante. La maison sonne, ses tabourets craquent, on entend dans la musique le plancher qui grince, les motos et les camions passer dans la rue, les oiseaux chanter dans le parc.« 

Une atmosphère de pub anglais

Cette atmosphère « live » donne en effet l’impression d’entendre des chansons chantées dans un pub. On y entend les thèmes des airs traditionnels anglais : la boisson et les tatouages de marins (Whisky & Tattoo, Black Coffee & Whiskey), les départs et les séparations (Never Say Goodbye, Airport Blues, Cleveland Way, ou Le Départ De Lyon qui même s’il est purement instrumental a un titre évocateur), les amis et les femmes (From a Friend too Another, Old Joe, She Died Of Love, The Call of Lorelei, Lucille, Love Letter) ou tout simplement le sens de la vie (Burdens to Let Go, Wind Of Boredom, Dead Man’s Quest, Time Keeps Flying On).

© Benjamin Pinard

Musicalement, on ne peut s’empêcher de penser aux Pogues, même si ici le décor n’est a priori pas irlandais. D’ailleurs, le morceau Love Letter débute sur l’air célèbre du traditionnel Dirty Old Town, rendu populaire par le groupe de Shane MacGowan (la chanson a aussi été reprise par les Dubliners, mais a surtout été composée par l’écossais Ewan MacColl et n’est pas comme on le croit souvent un traditionnel irlandais).

Il serait cependant réducteur de ne citer que les Pogues comme influence. Les arrangements sonnent également country-rock façon Neil Young (Black Coffee & Whiskey, If I Make It #2, Old Joe), ragtime-blues de l’entre deux guerres (Périssac Rag, Colorado), parfois jazzy (From a Friend too Another), voire presque pop avec une voix à la Ringo Starr (Some Of These Days). Et une grande partie des chansons respire un folk austère et épuré (Never Say Goodbye, She Died Of Love, Under The Bridge, Lucille, Wind Of Boredom) qui évoque Leonard Cohen ou Bob Dylan. Ce n’est pas un hasard si le jeune songwriter pose avec le vinyle de Blonde on Blonde.

© Benjamin Pinard

Bien qu’étiqueté « folk », ce disque (ou plutôt ces disques) offre un patchwork de couleurs musicales très diverses. Un peu comme de multiples voyages qui partiraient du port de Hull à la découverte d’autres rivages. Pour nous emmener où ? C’est à l’auditeur de choisir ses destinations. Prokop lui-même pense que son album « ne semble pas avoir beaucoup de sens ». À chacun d’y trouver le sien en l’écoutant.

Prokop est actuellement en tournée. Retrouvez les dates de ses concerts :

© Jean-François Convert – Novembre 2022

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