Il y a 40 ans se tenait le concert mythique de John McLaughlin, Paco de Lucia, et Al Di Meola

Le 5 décembre 1980, le trio de guitaristes enregistrait son fameux concert à San Francisco, sorti sur disque l’année suivante, sous le titre “Friday Night in San Francisco”.

Une technique impressionnante

Époustouflant, virtuose, acrobatique, impressionnant, énorme…. les qualificatifs manquent pour exprimer ce qu’on ressent à la première écoute des ces notes virevoltantes, ces cascades alambiquées, ces montées et descentes qui donnent le vertige. Oui quand je l’ai entendu pour la première fois, j’ai été abasourdi, laminé, soufflé, émerveillé.

Quelle virtuosité, quelle maîtrise, quelle technique ! Et tout sur guitare acoustique, pas d’effets pour embellir le son, pour tricher sur les fausses notes, pour rallonger le sustain, ou améliorer les harmoniques. Non, ici tout n’est affaire que de dextérité. Les doigts, uniquement les doigts.

Et en plus, le mixage intelligent, séparant les guitaristes sur chaque canal, et les notes de pochette, permettent d’identifier instantanément chacun.

Moi qui n’aime pas le Shredding, et le côté démonstration, j’adore pourtant ce disque car il ne place pas la technique sur un piédestal, comme seul élément à idolâtrer. Non, ici la virtuosité est au service de la musique, de la mélodie, de l’harmonie. Si les notes déferlent à une vitesse vertigineuse, c’est parce qu’elles racontent une histoire. Une histoire qui nous emmène sur les terres arabo-andalouses, sur les rives de la Méditerranée, ou dans les forêts celtes.

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Et aucune compétition entre ces trois génies. Pas d’ego surdimensionné, aucune tentative de tirer la couverture à soi. Plutôt une complicité subtile qui s’exprime de différences façons.

Duos et Trios

Mediterranean Sundance / Rio Ancho

Al Di Meola et Paco De Lucia joignent leurs compositions respectives Mediterranean Sundance et Rio Ancho au point qu’elles ne font qu’une sur le titre d’ouverture. La proximité mélodique et harmonique des deux morceaux permet aux deux guitaristes de les mélanger, de les fusionner comme s’ils avaient été composés ensemble.

Short Tales of the Black Forest

John McLaughlin et Al Di Meola rivalisent d’humour dans la reprise de Chick Corea Short Tales of the Black Forest. Des effets de manche semblant reproduire des bruitages de dessins animés, puis le thème de La Panthère rose de Mancini qui s’invite sans prévenir, glissant vers un blues façon south delta, avant de se fondre dans des méandres baroques qui nous ramènent au morceau original. Du grand art.

La photo de la pochette intérieure © Darryl Pitt

Frevo Rasgado

Paco De Lucia et John McLaughlin échangent des phrasés type Renaissance sur Frevo Rasgado et s’inscrivent dans la lignée des grands de la six-cordes à travers les siècles. En les écoutant, on imagine ce qu’aurait pu donner Paganini jouant de la guitare. Une interprétation qui témoigne d’une immense culture musicale, et d’une ouverture sur tous les styles.

Fantasia Suite

Enfin, les trois se réunissent sur Fantasia Suite pour délivrer des parties de six-cordes encore une fois fabuleuses. Des cascades harmonisées à trois guitares qui peuvent décourager le jeune musicien qui se lancerait dans l’apprentissage de l’instrument. Et le tout avec une déconcertante facilité. On imagine aisément les trois compères souriant et se lançant des clins d’œil sur scène. Leurs mines réjouies et décontractées s’entendent dans leur musique.

La photo au dos de la pochette © Randy Backman

Guardian Angel

Mais justement, en parlant de scène, cet album intitulé « live » se clôt étrangement par un titre enregistré en studio, 6 mois après ce concert du 5 décembre 1980. Guardian Angel n’est pas le plus impressionnant techniquement, mais ce très beau morceau de McLaughlin referme le disque sur une tonalité mélancolique qui tranche avec l’enthousiasme et l’énergie des titres en live. Une façon de calmer le jeu frénétique de la scène, et faire retomber la pression, pour finir sur une très belle note, apaisée et sereine.

Ce dernier morceau enregistré en mai 1981 amènera à la sortie de l’album le 10 août de la même année. Mais le concert donné ce “vendredi soir à San Francisco” fête ses 4 décennies aujourd’hui. Un disque à réécouter inlassablement, et qui, 40 ans après, reste toujours indéfinissable.

© Jean-François Convert – Décembre 2020

© Denys Legros
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