Il y a 35 ans, Chris Rea sortait ‘Dancing with Strangers’

En septembre 1987 arrivait dans les bacs ce neuvième album studio de Chris Rea. Un gros succès, juste avant celui de ‘The Road to Hell’.

Des sonorités knopfleriennes

Chris Rea n’a pas eu du succès rapidement. Le début de sa carrière à la fin des années 70 a été un peu laborieux, malgré le hit Fool (If You Think It’s Over), et il a mis du temps à s’installer durablement dans le paysage musical international. Mais sa ténacité a fini par payer et à partir du milieu des eighties, il enchaine les albums qui commencent à cartonner : Shamrock Diaries, On the Beach, et donc en 87 ce Dancing with Strangers.

Sur ces albums, la musique de Chris Rea marche clairement sur les traces de Dire Straits, et il n’est pas rare que les fans du groupe de Mark Knopfler aiment aussi les disques du guitariste d’origine italo-irlandaise.

© Denys Legros

« je reconnais que le succès de Dire Straits m’a bien aidé »

Chris Rea

La Stratocaster rouge de 1962 incite bien évidemment à la comparaison, mais c’est surtout le style musical et les sons de guitares qui baignent dans des atmosphères similaires.

Un autre guitariste

À la différence que Chris Rea joue bien plus en slide que Knopfler, et que lorsqu’on entend sur ses disques des sonorités très proches de Dire Straits, il peut s’agir de l’autre guitariste à savoir Jerry Donahue. C’est notamment le cas sur deux morceaux de Dancing with Strangers : l’exotique Que Sera, et la ballade très Dire Straits Windy Town. Ce son clair caractéristique de Stratocaster en position hors-phase, avec un peu de compression.

Jerry Donahue – Wetter 2008 © Wikimedia Commons

Sauf que lors des passages télé à l’époque, c’est Chris Rea qui mime le solo. Cette version ci-dessous est bizarre. La voix semble en live, mais le solo en playback, tout en étant différent de la version sur l’album :

Quoiqu’il en soit, Jerry Donahue est un guitariste reconnu dans le milieu. Bien qu’américain, il a joué au sein des groupes folk-rock britanniques Fotheringay et Fairport Convention. En parallèle, il a également enregistré des albums en solo. Chris Rea lui rend hommage sur l’instrumental Donahue’s Broken Wheel, en jouant dans son style. En plus d’une guitare lead qui sonne effectivement très Donahue, Rea ajoute une slide qui semble lui répondre.

Chris Rea multi-instrumentiste

Sur ce titre, tout comme sur September Blue, I Don’t Care Any More et Danielle’s Breakfast, Chris Rea assure tous les instruments. Sur d’autres morceaux il joue de bien d’autres choses que de la guitare : harmonica, accordéon, cuivres, claviers… et mis à part la présence de Donahue sur quelques chansons (en solo sur Windy Town, Que Sera et Gonna Buy a Hat, et rythmique sur Curse of the Traveller et That Girl of Mine), c’est bien Chris Rea qu’on entend sur la plupart des parties de six-cordes de cet album. Que ce soit bien sûr en slide, mais aussi en rythmique fingerpicking, ou solo au mediator.

Par exemple sur le tube Let’s Dance. Lors du concert en 1991 à Clermont-Ferrand, ce morceau m’a fait découvrir une autre façon d’utiliser le micro manche : tranchant, incisif, un peu à la Stevie Ray Vaughan.

On retrouve ce même type de sonorité sur Joys of Christmas qui ouvre l’album, sur le solo de I Can’t Dance to That qui par ailleurs tourne sur un riff très inspiré de La Grange de ZZ Top (même un vers se termine par « Mistaken » !) et sur l’intro de Loving You Again, l’autre single de l’album :

Une musique mélancolique

En voyant le nombre de titres sur le disque (14), on pourrait penser à un double album. Mais il s’avère que les 3 derniers morceaux (I Don’t Care Any More, Donahue’s Broken Wheel et Danielle’s Breakfast) ne figuraient que sur le CD à l’époque de sa sortie, pas sur le vinyle qui se terminait sur le mélancolique September Blue.

S’il y a bien un terme qui qualifie une bonne partie de la musique de Chris Rea c’est mélancolique. Des harmonies qui sont souvent à mi-chemin entre majeur et mineur (des accords de type MAJ 7 par exemple), des tempos moyens ou lents, des mélodies qui invitent à la rêverie, aux souvenirs nostalgiques, et des paroles qui évoquent parfois la route ou l’errance.

C’est par exemple le cas dans Curse of the Traveller, le plus beau morceau de l’album à mon goût, et un de mes préférés de Chris Rea. Cette vidéo illustrée de superbes paysages couple la chanson avec l’instrumental Josie’s Tune, dont la mélodie à la flûte est très proche de l’intro de Curse of the Traveller :

Réédition avec nombreux bonus

En octobre 2019, cinq albums de Chris Rea (Shamrock DiariesOn the beachDancing with StrangersThe road to hell , et Auberge) sont réédités en version deluxe 2CD avec des suppléments : faces B, titres rares et Live. La playlist de l’édition Deluxe de Dancing with Strangers est en lien sur l’image en début d’article (28 titres au total, soit le double de l’édition CD originelle).

À la même époque (automne 2019), le musicien livre quelques anecdotes sur les coulisses de ces disques dans des vidéos-interviews disponibles sur sa chaine YouTube officielle :

Chris Rea se fait aujourd’hui très discret depuis un malaise sur scène en décembre 2017 pendant sa tournée suivant la sortie de l’album Road Songs For Lovers. Mais pour tous les nostalgiques d’une certaine musique des années 80, il reste un repère incontournable. Et Dancing with Strangers, sorti il y a 35 ans ce mois-ci, est l’un de ses meilleurs albums.

© Jean-François Convert – Septembre 2022

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2 commentaires sur “Il y a 35 ans, Chris Rea sortait ‘Dancing with Strangers’

  1. Merci Jef de revenir sur ce magnifique album mélancolique, nostalgique, un peu rêveur comme tu l’écris.
    Les guitares sont magnifiques avec une mention spéciale au guitariste solo de Windy Town.
    Je trouve que la production n’a pas trop vieilli pour un disque de cette époque et il m’arrive parfois de le réécouter avec un peu de….nostalgie.

    1
    1. tout pareil pour moi

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