‘Fenêtre sur cour’ en pleine canicule

Hier soir j’ai revu pour la troisième fois le célèbre film d’Hitchcock ‘Fenêtre sur cour’, que France 5 a eu la bonne idée de rediffuser. Même après l’avoir déjà vu, j’y ai remarqué de nouveaux détails qui m’avaient échappé.

© S. Taylor/P. Hitchcock O’Connell

Je me souviens être allé voir Fenêtre sur cour une première fois au cinéma avec ma mère et mon frère ainé quand j’étais au collège. Ce devait être donc dans la première moitié des années 80. C’était au cinéma Le Méliès à Saint-Etienne, qui reprogrammait souvent des « vieux » films. Je l’ai revu ensuite une seconde fois à la télévision, et enfin à nouveau hier sur France 5. On peut dire que cette rediffusion collait bien avec la quatrième vague caniculaire en France, puisque l’action du film se déroule pendant une saison particulièrement chaude ou en tout cas présentée comme telle. Les 90° Fahrenheit (soit environ 32° Celsius) affichés sur le thermomètre au début du film semblent donner de grosses sueurs (pas encore froides dans ce long métrage) à James Stewart. C’était dans les années 50… aujourd’hui, à Lyon, quand il fait 32 on n’a pas à se plaindre… il est annoncé 39 (ressenti 44 !) pour demain après-midi… Bref.

Même après un troisième visionnage, j’ai toujours pris autant de plaisir à suivre cette histoire qui est bien plus qu’un suspense policier teinté d’aphorismes sur le bonheur conjugal ou une réflexion sur le voyeurisme. Fenêtre sur cour offre tout simplement une des plus belles métaphores de ce qu’est le cinéma (“une fenêtre ouverte sur le monde” disait Godard). Chaque fenêtre représente un genre cinématographique : le mélo, la comédie musicale, le drame familial, l’étude de mœurs, etc…et bien évidemment, Hitchcock choisit le film policier. On ne peut rêver plus belle mise en abyme.

Au delà des souvenirs que j’en avais (le cameo d’Hitch remontant la pendule du pianiste, le meurtrier joué par Raymond Burr qui connaitra plus tard une notoriété télévisuelle dans les séries Perry Mason et L’homme de fer, le découpage du cadavre en morceaux qui deviendra un archétype des meurtres au cinéma, et surtout le couple glamour formé par James Stewart et Grace Kelly, avec la future princesse de Monaco plus belle que jamais), j’ai noté trois choses qui ne m’avaient pas marqué auparavant :

  1. La musique n’est pas de Bernard Hermann, le fidèle collaborateur d’Hitchcock sur nombre de ses long-métrages, mais de Franz Waxman
  1. Dans la V.F., le couple se vouvoie durant la première partie du film et passe au tutoiement après que Garce Kelly se soit vêtue de la robe rose en proposant à James Stewart de « passer à d’autres distractions ». L’allusion coquine n’est pas surprenante de la part d’Hitchcock mais quelle indication ont eu les doubleurs français pour changer le « vous » en « tu » ? Sachant que la distinction en V.O. est forcément plus subtile et ne peut se percevoir que dans l’intonation ou le contexte. Hitch a-t-il donné des instructions en ce sens ? Serait-ce une fois de plus une de ses multiples allusions sexuelles qui parcourent ses films et sa façon amusée de les glisser l’air de rien ? Bizarrement, la version sous-titrée inclut le tutoiement dès le départ :
  1. Enfin, je n’y avais jamais prêté attention, mais l’avant-dernière scène où Stewart chute du balcon après la bagarre avec Burr fait indéniablement penser à la séquence d’ouverture de Vertigo où le collègue de Stewart tombe du toit et meurt sous son regard tétanisé, ce même regard qu’il a à la fin de Fenêtre sur cour. Quand on sait que le titre français de Vertigo est Sueurs froides… on ne peut s’empêcher de faire le lien entre les deux films, indépendamment de la présence du même acteur.

Ne cherchons pas des théories fantaisistes là où il n’y a sans doute que tout simplement des coïncidences. Mais c’était en tout cas un réel bonheur de revoir ce film qui avec La mort aux trousses et Sueurs froides constitue à mon goût le trio de chefs-d’œuvres de maitre Hitch… juste après Psychose bien sûr.

© Jean-François Convert – Août 2026

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