Le 20 février 1981 arrivait dans les bacs ce septième album studio d’Eric Clapton. Un des premiers que j’ai écouté.
Cet album sorti en 1981 est un peu singulier. D’un côté il figure dans la série des opus de Clapton enregistrés pour le label RSO (Robert Stigwood Organisation) avec lequel le guitariste a collaboré durant toute la décennie 70, et d’un autre côté il préfigure déjà le son du Clapton des eighties. Surtout, bien qu’il soit dans la lignée des disques précédents en terme de production (Tom Dowd toujours aux manettes), il s’en démarque nettement par la différence de style et de musiciens. En terme de collection, il fait partie des Eric Clapton Remasters, mais musicalement je le rangerais plus aux côtés de son successeur Money and Cigarettes, quoiqu’en dessous qualitativement.


C’est d’ailleurs par ces deux albums que j’ai découvert la discographie d’Eric Clapton : Another Ticket et Money and Cigarettes.
Ce n’était pas forcément la meilleure porte d’entrée pour apprécier son œuvre, mais j’ai eu l’occasion plus tard de me délecter de ses chefs d’œuvre comme par exemple Layla and other assorted love songs ou E.C was here. Pour l’heure, je découvrais une sorte de country-pop-soft-rock tranquille avec des arrangements bien propres comme ça allait se faire durant toutes les années 80.

Le morceau-titre est particulièrement produit dans cet esprit eighties avec des nappes de synthés imposantes et des arpèges de guitare cristallins. C’est la chanson où on ressent le plus l’influence de Gary Brooker à mon sens, alors qu’étonnamment il est co-crédité non pas sur ce titre mais sur Catch me if you can. L’auteur-compositeur-interprète de Procol Harum (que j’ai eu le plaisir d’interviewer en 2017) avait en effet rejoint le groupe de Clapton, aux côtés de Chris Stainton, Albert Lee, Henry Spinetti et Dave Markee.
Un changement de musiciens déjà opéré sur la tournée précédente qui avait donné lieu au live Just one night. Plus de George Terry avec qui Clapton avait créé une belle complémentarité guitaristique, plus de Marcy Levy ou Yvonne Elliman aux chœurs, qui participaient même parfois aux compositions ou prenait le chant principal, plus de Dick Sims aux claviers ni de Jamie Oldaker à la batterie (il reviendra en 1985 sur Behind the sun). Et surtout plus de Carl Radle à la basse, ce dernier décédant le 30 mai 1980. On constate sur la pochette intérieure que cet album lui est dédié. Le seul musicien à avoir suivi Clapton durant toute la décennie 70, depuis le monument Layla and other assorted love songs.

Malgré ces absences, Another ticket reste néanmoins agréable à écouter.
De la nonchalance de l’ouverture Something special à la frénésie du final Rita Mae et sa Gibson ES-335 rugueuse, en passant par l’enthousiasme bluegrass de Hold me Lord et son dobro sautillant, la country sereine de Black rose, ou l’ambiance laid back de I can’t stand it, les neuf titres s’enchainent naturellement. Peu de moments de bravoure à la six cordes, même si les solos de Catch me if you can cumulent trois guitares, sans doute une par Albert Lee (celle au centre) et les deux autres de part et d’autre de la stéréo par Clapton.

Mais un disque de Clapton sans blues n’en serait pas vraiment un. Si Blow Wind Blow de Muddy Waters n’offre pas de grand moment, la guitare restant focalisée sur le même riff tout au long du morceau, la reprise de Floating Bridge de Sleepy John Estes est en revanche à mon sens la pépite de l’album. Quatre solos avec un son parfaitement clean et une rythmqiue d’Albert Lee tout en finesse.
Ne serait-ce que pour ce morceau, Another Ticket mérite d’être écouté. Un album mineur mais avec tout de même ce petit bijou bluesy. Un album sorti il y a 45 ans aujourd’hui.
© Jean-François Convert – Février 2026





