Hier soir France 4 diffusait ‘Love & Mercy’, le biopic consacré à Brian Wilson, décédé juste un an auparavant. L’occasion de le regarder puisque je ne l’avais jamais vu.




Le 11 juin 2025 décédait Brian Wilson, le génial leader des Beach Boys. Pile un an après, hier le 11 juin 2026, France 4 diffusait Love & Mercy, son biopic sorti en 2014. Réalisé par Bill Pohlad, il met en parallèle deux périodes de la vie du musicien : le moment où il compose et arrange l’album Pet Sounds en 1966-1967 et le moment où il rencontre sa seconde épouse dans les années 1990. Brian Wilson est ainsi interprété par deux acteurs différents : Paul Dano pour les sixties et John Cusack pour les nineties (ainsi que Oliver Pohlad, le propre fils du réalisateur, pour les courts flashbacks de l’enfance).
En plus des aller-retours temporels, le film alterne séances d’enregistrement foisonnantes et moments de la vie intime de Brian. Les séquences de séances en studio sont jouissives : on entend les morceaux uniquement en versions instrumentales, avant que les voix ne soient enregistrées. On reconnait entre autres God only knows et Wouldn’t it be nice, ou encore Pet Sounds mais qui lui finira tel quel. Ces scènes montrent la grande maitrise musicale de Wilson, capable d’arranger pour n’importe quel instrument, mais aussi son perfectionnisme le poussant à faire répéter inlassablement les partitions par les musiciens classiques. le travelling circulaire pendant l’enregistrement des violoncelles sur Good Vibrations en est un parfait exemple :
Assister à la genèse de la célèbre « symphonie de poche » est un régal, depuis les premiers accords au piano joués par Brian et qui semblent inspirer Mike Love jusqu’à la finalisation des superbes harmonies vocales qui ont fait la gloire des Beach Boys. Pouvoir les entendre isolément rend véritablement hommage à ce qui est la singularité du groupe. On note d’ailleurs dans une autre scène l’allusion faite aux Beatles qui leur auraient « piqué » ce principe d’harmonies récurrentes dans les chanson mais en changeant de voyelles. On connait la forte émulation qu’il y avait entre les deux groupes, en ême temps qu’un profond respect mutuel. La célèbre phrase prononcée par McCartney jugeant God only knows comme « la plus belle chanson jamais écrite » est d’ailleurs citée dans le film, juste avant que Brian n’entonne les premiers accords de Good Vivrations, justement.
L’expérimentation chère au génie de la pop est bien décortiquée, et une réplique résume bien cette soif insatiable de recherche constante de nouveauté : « Je joue du studio » rétorque Brian à un Mike Love quelque peu décontenancé et passablement agacé par cette nouvelle direction dans la carrière du groupe (une des célèbres phrases attribuées à Mike Love Ne déconne pas avec la formule » est également reprise dans le film, bien que le cousin des frère Wilson aie toujours nié l’avoir prononcée).
Cette notion de « jouer du studio » retranscrit bien la mutation qui s’est opérée dans les sixties avec l’utilisation de la technique comme une composante entière de la création musicale. A un musicien ou ingénieur du son qui lui demande « mais je croyais qu’on faisait du rock’n’roll ? », Brian répond « on le révolutionne ! »
C’est aussi dans ces séquences que l’on croise la légendaire bassiste Carol Kaye. Elle fait remarquer à Brian une bizarrerie harmonique sur l’une de ses partitions. Celui-ci rétorque naturellement « dans ma tête ça fonctionne »…
Et c’est effectivement l’autre part importante du film : tenter d’expliquer ce qu’il se passait dans la tête de Brian Wilson A cet titre, l’introduction pré-générique est éloquente : on perçoit tous les sons qui fourmillent dans sa tête, et on comprend (un peu) ce qui pouvait parfois le pousser à des réactions contrôlées, telles des hallucinations en studio, sa crise dans l’avion ou encore son annulation d’une séance d’enregistrement au dernier moment, malgré le coût exorbitant engagé. Son hypersensibilité auditive est également montrée dans la scène du repas où les cliquetis des couverts lui provoquent un vacarme intérieur assourdissant.
Le biopic évoque plusieurs raison à ce qui a conduit à la folie de Brian Wilson : une santé mentale fragile certes, que l’absorption de substances psychotropes n’a pas arrangé (une forme de destin qui me rappelle celui de Syd Barrett), mais aussi et surtout un père violent et incapable de le complimenter, comme lorsqu’il entend la première mouture de ce qui deviendra le chef d’œuvre God Only Knows. Le fait qu’il ai été renvoyé par ses fils m’a rappelé l’histoire similaire au sein de la famille Jackson, relatée dans le film Michael, vu récemment.
Enfin, Love and Mercy expose le mauvais traitement infligé à Brian Wilson par son médecin incompétent et vénal. Heureusement, grâce à sa deuxième épouse et ses frères qui on intenté un procès à ce Dr. Eugene Landy, le compositeur a pu retrouver une vie plus saine et a pu terminer son album Smile dans les années 2000, comme c’set indiqué dans le générique de fin. Un générique au son de la chanson éponyme Love and Mercy, mais dans une version live épurée piano-voix, suivie de One Kind Of Love, écrite spécialement pour l’occasion et qui parait également sur l’album No Pier Pressure en 2015.
Un film qui rend bien hommage à Brian Wilson : touchant, émouvant, et en même temps débordant de génie, un visionnaire musical comme il y en a peu.
© Jean-François Convert – Juin 2026



