Le dernier album d’Eric Bibb ‘One Mississippi’ est sorti le 30 janvier. Le bluesman a donné un concert vendredi dernier en guise de release party au New Morning à Paris.
L’auteur-compositeur-interprète américain Eric Bibb s’est toujours fait le chantre d’un blues authentique, et principalement acoustique. On a pu l’entendre par exemple dans ses précédents albums Migration Blues (2017), Global Griot (2018), ou Ridin‘ (2023). Même en concert, il est souvent resté dans ce style épuré.
Avec son dernier opus One Mississippi sorti le 30 janvier (Repute Records / Proper) et présenté en live le 20 février, le bluesman newyorkais modernise ses sonorités. Les guitares folk ou à résonateur sont toujours bien présentes, mais elles s’accompagnent souvent d’une rythmique solide avec la batterie bien en avant, comme par exemple sur le single This One Don’t :
« La chanson m’a été inspirée par un concert exceptionnel au festival Blues Fever de Vienne, où j’ai joué devant un public enthousiaste qui adore danser sur du blues » explique Eric Bibb. Heureusement, nous avons pu inclure ces personnes dans le clip. Grâce à mon producteur hors pair, Glen Scott, et aux excellents musiciens impliqués, ce morceau est l’un des plus funky que j’aie jamais enregistrés. » Il renchérit : « La production de Glen Scott est un véritable chef-d’œuvre de funk.«
« Les moments difficiles exigent une danse intense. »
Alice Walker
Ces arrangements plus modernes qu’à l’accoutumée pour Eric Bibb sont indéniablement dû à la production de Glen Scott et la présence de musiciens de haut vol : Robbie McIntosh (guitares slide électrique, dobro, résonateur), bien connu des fans de Mark knopfler pour l’avoir accompagné à de nombreuses occasions, Paul Jones (harmonica), Sven Lindvall (tuba) complètent merveilleusement bien le chant et la guitare acoustique de Bibb. « Je suis ravi d’avoir Paul Jones et Robbie McIntosh à mes côtés », déclare le chanteur-guitariste. Cette couleur musicale qu’on pourrait parfois qualifier de quasiment pop se retrouve également dans No Clothes On, Change, ou encore Didn’t I Keep Runnin :
L’influence du blues traditionnel reste néanmoins proéminente avec la présence d’instruments acoustiques, de leitmotivs lancinants typiques du south-delta, et de références aux lieux et noms du genre. Ainsi le nom de l’album et du morceau qui l’œuvre. Eric Bibb explique : « J’adore écrire et enregistrer de nouvelles chansons, mais j’aime aussi découvrir et reprendre de superbes morceaux d’autres auteurs-compositeurs. La chanson titre de mon nouvel album, ‘One Mississippi’, a été écrite par mon amie de lycée, Janis Ian, et Fred Koller« .
D’autres patronymes célèbres de l’histoire américaine et afro-américaine jalonnent les 14 titres. L’icône Marylin Monroe côtoie le fameux Crossroads, figure emblématique du blues s’il en est, et le deuxième morceau rend hommage à l’un des maitres du genre : « I got Muddy Waters in my shoes, I got Muddy Waters in my blues » chante Eric Bibb. Et il ajoute : « Muddy Waters est l’un de mes morceaux préférés de mon nouvel album. » Cet hommage funky au légendaire bluesman qui a inspiré des générations évoque les voyages et la persévérance. La chanson traverse les terres du blues américain, de Houston à Baton Rouge, portant en elle l’esprit et le poids de son homonyme :
Les textes de l’album sont empreints d’espoir, d’histoire et d’humanité. Eric Bibb décrit les 14 chansons de One Mississippi comme un « recueil d’histoires, puisant dans un passé américain récent et un présent mondial tendu, un appel à la paix, à la justice et à l’unité dans un monde divisé. » Particulièrement dans If you’re free, il tient à rappeler : « Pour celles et ceux d’entre nous qui tiennent pour acquis la nourriture, le logement et le confort de la vie moderne, j’espère que cette chanson nous rappellera que notre bien-être est souvent lié à la souffrance d’autrui. C’est donc un appel au changement. »
Cette chanson s’inscrit dans les nombreuses ballades mélodiques de l’album. Car en parallèle des blues entêtants et des rythmiques plus soutenues, Eric Bibb n’a pas oublié son goût pour le lyrisme et les mélodies ciselées dans une couleur folk-country qui lui est habituel, avec par moments de très jolis chœurs à l’esprit gospel : It’s A Good Life, Go Down Ol’ Hannah, New Window, Waiting On the Sun et surtout l’émouvant Show Your Love où le chanteur invite à « montrer son amour sans attendre le lendemain, sans attendre noël, sans attendre dimanche, sans attendre une fête de mai, sans attendre une minute ».
Et l’album se referme We Got To Find A Way en formule épurée qui a forgé le style d’Eric Bibb : un fingerpicking délicat et une voix douce, avec quelques incursion d’un harmonica et d’un violon. Cette icône du blues trois fois nommé aux Grammy Awards signe avec One Mississippi un magnifique album, véritable pont entre tradition et modernité.
© Jean-François Convert – Février 2026




