Ce vendredi 24 avril sont sortis trois albums de folk-pop planante : ‘Reaching For The Moon’ d’Elina Duni & Rob Luft, ‘Singing’ de Gia Margaret, et ‘Wildflowers’ de Loner Deer.
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Elina Duni & Rob Luft – ‘Reaching For The Moon’
Elina Duni est une chanteuse d’origine albanaise, et installée en Suisse depuis l’âge de ses 11 ans. Son répertoire mêle des traditionnels des Balkans à des standards des chansons anglo-saxonnes et françaises. sur ce nouvelle album, elle s’allie pour la troisième fois au guitariste britannique Rob Luft. Mais alors que sur les deux précédents ils codirigeaient un quartet, ils ont choisi ici de revenir à la formule épurée du duo. Il en ressort 11 titres qui semblent surgir d’un autre temps, d’un autre espace. Juste une voix et des tessitures planantes à la guitare avec beaucoup d’echo et de reverb qui donnent la sensation parfois d’entendre comme des nappes de claviers.
Certaines mélodies ont un parfum d’orient (Leili Lullaby, Zambaku i Prizrenit) tandis que d’autres rappellent plutôt l’Europe centrale (Ani More Nuse), voire méditerranéenne qui ferait penser à du Fado (Cammina Cammina) ou au contraire une pop plus occidentale teintée jazzy (Foolish Flame). Pour encore plus d’éclectisme, l’album offre deux incursions dans la chanson française avec Les berceaux (déjà chanté par Yves Montand) et Magnolia, tout en s’ouvrant et se refermant sur des standards du jazz, mais complétement transformés : Reaching for the Moon et Lonely Woman.

Une musique pleine de spiritualité qui incite à se révéler sa propre force intérieure. Une atmosphère qui invite à l’apaisement et permet de retrouver la sérénité face aux épreuves de la vie.
Gia Margaret – ‘Singing’
Ici on est dans une ambiance plus pop et d’apparence plus légère. Et pourtant, la chanteuse Margaret revient de loin : une blessure aux cordes vocales l’a empêchée de chanter pendant plusieurs années., et elle a produit des albums essentiellement instrumentaux Mia Gargaret (2020) et Romantic Piano (2023). Heureusement guérie maintenant, elle peut ainsi sortir son premier album vocal depuis There’s Always Glimmer, paru en 2018.
Les 12 chansons mettent en valeur cette voix qui renait et peut enfin s’exprimer à nouveau pleinement. L’impression globale qui s’en dégage est la douceur, une sensation très cocooning. Les harmonies vocales nous enveloppent dans du coton.
Sur la majeure partie des titres, les tempos sont calmes, les arrangements feutrés. On trouve quand même quelques exceptions : Rotten Outro est sur une rythmique plus enlevée, le single Good Friend comprend un chant grégorien d’ILĀ et des scratchs au turntable, et l’album se referme sur l’énergique E-Motion avec une guitare nerveuse, qui tranche par rapport à l’ouverture calme et posée de Everyone Around Me Dancing qui annonçait un disque globalement plutôt atmosphérique.
Autre élément récurrent : des instrumentaux à couleur électro. Le triptyque Ambient for Ichiko, Phone Screen, et Guitar Duo. s’inscrit comme une suite offrant une pause sur fond de nappes synthétiques et rythmiques électroniques.

Un album dont le maitre mot pourrait être l’accompagnement à la contemplation. Margaret explique d’ailleurs au sujet du single Alive Inside : « il a été écrit pendant une période difficile de ma vie, que j’ai apaisée en passant de longues heures à contempler le lac ». En effet, avec Singing, on se trouve face au compagnon musical idéal pour se poser et apprécier le moment présent.
Loner Deer – ‘Wildflowers’
Avec Loner Deer, c’est clairement le style folk qui prédomine mais là aussi dans des sonorités parfaites pour l’introspection et le voyage intérieur. Dès le premier morceau Joline, on est saisi par l’intensité de la mélodie et le final plein d’emphase et de lyrisme. Véritable déclaration d’amour, le titre met en scène un homme seul, entre rêves et pensées, dans une chambre de motel hors du temps. Initialement écrit pour son EP Brown and Blue (2020), Joline bénéficie ici d’une nouvelle lecture, enrichie d’influences country et pop et d’une production plus ample. Le clip privilégie la lenteur, la contemplation et le jeu de lumière pour traduire l’attente, la mémoire et l’émotion suspendue.
Les ballades s’enchainent et célèbrent le désir de liberté, de prendre la route, de parcourir le monde, notamment à travers les clips où les mots et musiques sont illustrés par de superbes paysages : Million Miles, I Hold You, Columbia Sweater, Mullein Scent. L’artiste est installé en Centre Alsace, aux portes des Vosges, et il puise dans sa région l’inspiration pour ses textes et arrangements.
L’auteur-compositeur interprète fait résonner la nature avec les émotions humaines, entre chemins de l’enfance, souvenirs simples et sentiments enfouis. La nature devient un refuge autant qu’un point d’ancrage. Derrière cette sensibilité, Loner Deer porte avant tout des messages positifs, centrés sur l’amour et la nécessité de créer du lien.
Cet album Wildflowers a aussi la particularité de comporter la première chanson titre en français de Loner Deer : Dans Regarde, il invite à ralentir et à prêter attention au monde. Le style folk-country avec des paroles dans la langue de Molière fait inévitablement penser à Cabrel. Mais l’influence générale respire les références d’outre-Atlantique. Orchestrations dépouillées, guitares acoustiques, harmonica, percussions, le tout pour une approche purement organique.

En privilégiant la sincérité, le temps long et l’attention portée aux détails du quotidien, Loner Deer nous offre une véritable parenthèse hors du temps. Wildflowers invite à regarder le monde qui nous entoure autant qu’à sonder notre intériorité. Ces « fleurs sauvages » symbolisent les détours imprévus, les parfums de l’été, les élans amoureux timides, la force d’une main tendue.
Avec ces trois albums, la musique nous ouvre un nouvel horizon. Laissez-vous bercer par une respiration douce et immersive, qui nous pousse à mieux observer, ressentir, et laisser place à l’essentiel.
© Jean-François Convert – Avril 2026



