‘Elegant people’, le nouvel album de Biréli Lagrène sorti au début du mois respire le jazz, mais pas manouche comme on a souvent l’habitude de l’y enfermer.

Quand on cite le nom de Biréli Lagrène, on pense instantanément jazz manouche et héritage musical de Django Reinhardt. C’est un peu logique puisqu’il est né dans une famille d’origine manouche, et qu’il a très tôt appris la guitare et s’est rapidement manifesté avec un talent hors-normes dans ce style musical. Mais, le guitariste a aussi exploré le jazz fusion à plusieurs reprises durant sa carrière, et on oublie parfois le versant électrique de Biréli Lagrène. Sans compter qu’il a aussi souvent œuvré à la basse, un instrument qu’il affectionne particulièrement, notamment pour le projet Remembering Jaco, un hommage à Jaco Pastorius, et où il joue avec le Multiquarium Big Band.


« Être ou ne pas être manouche…? C’est à la fois un univers musical et un style de vie faits d’ambiances tantôt festives, tantôt déchirantes. Mais il y a beaucoup de musiciens, comme Thomas [Dutronc], qui n’ont pas vécu dans ce monde et qui se le sont approprié. Ils font partie de la famille. Sauf qu’ils n’ont jamais été victime du racisme et ils ont moins de difficulté à se fondre dans d’autres genres. Je déteste être confiné dans la case “musicien manouche”. »
Biréli Lagrène
Il y a 4 ans, j’avais eu le plaisir de l’interviewer pour franceinfo à l’occasion de la sortie de son album Solo suites où déjà se mêlaient l’acoustique et l’électrique dans un esprit jazz planant et éthéré, ainsi que la basse sur le dernier titre Angel from Montgomery, chanté par fille Zoé. Après Biréli Lagrène plays Loulou Gasté en 2023 où il renouait avec le style manouche, il revient cette année en publiant Elegant People, un opus combinant reprises et compositions originales, et où cette fois la guitare électrique s’impose sur la totalité des 10 morceaux. Le guitariste est accompagné par Jean-Yves Jung aux claviers (piano et Fender Rhodes), William Brunard à la contrebasse, et Raphaël Pannier à la batterie.

Le morceau-titre en ouverture (composé par Wayne Shorter) donne le ton d’un jazz-rock aux rythmiques complexes et désarticulées. Sur la fin il semble qu’il y ait un overdub de guitare. qui s’autorise des sonorités saturées. Suit Flair, signé Biréli Lagrène, où la saturation, qui avait déjà fait son apparition sur le premier morceau, s’installe ici de façon plus proéminente offrant des sonorités qui en sont pas sans rappeler le Jeff Beck des seventies. Sur Kings cross, autre composition du guiatriste, le groove se fait clairement bluesy.
« Je suis très attiré par le blues. J’ai toujours ça dans un coin de ma tête. »
Biréli Lagrène
Vient ensuite une séquence de trois morceaux qui privilégient les ambiances calmes et aériennes : le romantique A Time for Love (repris récemment par Stacey Kent), le classique My Foolish Heart (que Biréli avait déjà inséré dans Solo suites) et enfin le superbe Anjo de mim baignant dans des vapeurs planantes. Un magnifique triptyque qui invite à s’allonger et s’évader mentalement.
Sur Hopla, le guitariste est seul avec sa guitare gorgée d’echo et de reverb, tandis que le pianiste Jean-Yves Jung signe New blues, agrémenté d’un solo de batterie. W 48th street offre un thème entêtant repris à l’unisson par le clavier et la guitare, et se termine étonnamment sur un fade out, fait assez rare dans le jazz. L’album se referme sur le standard Clair où on entend Biréli fredonner la mélodie en même temps que sa guitare. Un morceau qu’il écoutait adolescent… « je ne sais pas ce qui m’a pris d’enregistrer ce truc ! » confie-t-il dans la vidéo où il parle des ballades figurant sur le disque :
« Un très beau morceau simple avec de très belles harmonies » conclut Biréli Lagrène. Sa musique, même si elle est souvent complexe et ardue, il arrive toujours à la faire sonner simple, accessible et extrêmement agréable à écouter. C’est une fois de plus le cas avec cet album.
Biréli Lagrène sera en tournée à partir du mois de juin (toutes les infos sur le site officiel) :
- 10 JUIN – Châtellerault @ Jazzellerault Festival « Special guest with Loco Cello”
- 27 juin – MAISONS-LAFFITTE @ MAISONS-LAFFITTE JAZZ FESTIVAL
- 1ER JUILLET – Ajaccio @ Jazz in Aiacciu « Special guest with Loco Cello”
- 23 JUILLET – Patrimonio @ « Nights of the Guitar,” Théâtre de Verdure de Patrimonio w/ Tommy Emanuel
- 25 JUILLET – Nice @ Nice Jazz Festival w/ « Elegant People Album Release Concert”
- 13 AOUT – Mandelieu la Napoule @ TBA w/ « Elegant People Album Release Concert”
- 4 NOVEMBRE – PARIS @ LA SEINE MUSICALE14 NOVEMBRE – NEVERS @ MAISON DE LA CULTURE
© Jean-François Convert – Avril 2026



