Téléphone nous plongeait “Au cœur de la nuit” il y a tout juste 40 ans

Le 25 octobre 1980 paraissait le 3ème opus de la tête de file du rock français. Le disque le plus sombre de Téléphone.

Un album charnière

Autant le dire tout de suite : Au cœur de la nuit n’est pas mon album favori de Téléphone. Je lui préfère Crache ton venin, Dure limite ou encore le premier disque éponyme. Mais il faut bien reconnaître qu’il marque la maturité du groupe, en même temps que les débuts des tensions internes.

Dans une interview donnée à Télérama en 2015, Corine Marienneau en raconte les coulisses et le contexte dans lequel s’est enregistré l’album. Elle le présente clairement comment un moment-clé de l’histoire du groupe.

«La musique du groupe s’ouvre et se condense à la fois, se charpente et se libère».

Corine Marienneau à Télérama (28/11/15)

Le morceau-titre qui ouvre l’album est devenu un classique de leur répertoire, et figurait notamment dans la setlist des concerts des Insus durant leur tournée (► Ma chronique du concert à Lyon en juillet 2017)

Une ambiance sombre

Dès le début, l’atmosphère n’est pas à la fête. Le décor est planté : urbain, froid, nocturne, pluvieux. Ce n’est pas la première fois que Jean-Louis Aubert écrit des textes sombres voire désespérés, mais ici, le climat semble peser tout au long de l’album. De bout en bout, nous sommes plongés « Au cœur de la nuit » jusque dans « Le silence ».

Au cœur de la nuit vu par © Denys Legros

Et la froideur hivernale culmine sur le tristement beau Fleur de ma ville qui évoque la dépendance des membres du groupe à l’héroïne, et notamment Aubert. L’enthousiasme des débuts a perdu de son innocence, et le succès foudroyant a aussi apporté ses effets collatéraux. Une chanson que beaucoup de fans considèrent comme une des meilleures de son auteur, et reprise elle aussi, en acoustique, au concert de Lyon en 2017, auquel j’ai eu la chance d’assister.

Dans les studios de Jimi Hendrix

Cette ambiance urbaine, ils ont voulu la capter dans la ville de Patti Smith et des Ramones : New York. Les petits frenchies enregistrent dans les studios mythiques conçus par l’une de leurs idoles : les studios Electric Lady de Jimi Hendrix. Corine interdit les groupies et les drogues pendant les sessions qui sont considérées comme les meilleures dans son histoire, en témoignent certaines versions de répétitions présentes sur le triple disque de raretés dans le coffret Au cœur de Téléphone en 2015. Parmi ces sessions figurent notamment l’inédit Tout ça c’est du cinéma (publié en version courte sur le best-of).

Classé à la 3e place des ventes d’albums en France, Au cœur de la nuit est rapidement certifié disque d’or, emmené par son unique single, Argent trop cher qui devient le premier titre classé de Téléphone, atteignant la 16e place des charts.

La première chanson signée Bertignac

C’est sur ce disque que Louis Bertignac compose et écrit seul pour la première fois un morceau : 2000 nuits. Il faudra attendre deux ans plus tard pour voir émerger ses réels talents d’auteur solo, avec l’incontournable Cendrillon sur l’album Dure limite. Mais déjà on sent le style légèrement différent de celui d’Aubert, et qui laisse entrevoir le type de chansons qu’il proposera sur ses disques solo.

N.B. Il s’agit bien d’un playback (et non d’un live comme l’annonce François Diwo) lors de l’émission « Téléphone » diffusée sur TF1 le 26 mai 1981

► Retrouvez mon interview de Louis Bertignac à l’occasion de la sortie de son album Origines en 2018

Et l’album se clôt sur le bluesy Le silence que j’aime beaucoup. Mais je dois avouer que hormis ces 5 titres (sur 13 au total), le reste du disque m’emballe moins. Cela n’empêche pas pour autant que Au cœur de la nuit reste au centre de la carrière de Téléphone, et a marqué aussi bien l’histoire du groupe que la scène française de l’époque. C’était il y a tout juste 40 ans aujourd’hui.

© Jean-François Convert – Octobre 2020

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4 commentaires sur “Téléphone nous plongeait “Au cœur de la nuit” il y a tout juste 40 ans

  1. La tournée Au cœur de la nuit fut longtemps. pour moi, l’objet d’une grande frustration. Ayant 6 ans à l’époque, je ne découvrirai pleinement Téléphone que 8 ou 10 ans plus tard. En compulsant les biographies qui leur sont consacrées, on apprend que sur cette tournée ont été enregistrés les concerts des 3 derniers soirs, en février 1981 (à l’Olympia et aux palais des sports de Versailles et de Saint-Ouen). Cette captation devait faire l’objet d’un album live à paraître pour l’été 1981, mais le groupe ne l’entendait pas de cette oreille et n’a pas permis cette sortie, considérant que le meilleur moyen d’écouter Téléphone en public, c’était d’aller les voir plutôt que d’écouter un album live dans son salon ou dans sa chambre. C’est pourquoi, en 1981, le projet d’album live est devenu un double 45 tours ne contenant que 3 titres (dont Fleur de ma ville, ou JL Aubert évoque dans l’introduction, sans vraiment le nommer, ce que traverse le groupe a travers les substances qu’il consomme). En guise de consolation, RTL avait bien diffusé des extraits de ces concerts sur leur antenne mais officiellement, ces 3 titres resteront pendant trop longtemps la seule trace de ce qu’était Téléphone sur scène en 1981 : un groupe jouant juste et bien, avec un son fabuleux. Longtemps, j’ai espéré une parution plus longue et longtemps j’ai attendu, me demandant si on ne nous prenait pas un peu pour des imbéciles. Ainsi, en 1993 et 1996 sortaient 2 coffrets « intégrale » dans lesquels le premier nous proposait un cd bonus de 5 titres supplémentaires de ces concerts, l’autre n’incluant que les 3 titres sortis en 1981. Puis enfin, en 2000, paraissait l’album live « Paris 81 », une excellente surprise pour laquelle j’espérais le live intégral mais ce ne fut pas le cas (il n’y avait « que » 14 titres. Plus tard, en 2006, un cd « Téléphone illimité » contenait d’autres titres de ces bandes de Paris 1981 (dont certains faisaient doublon avec des sorties antérieures) mais à ce jour, rien d’intégral n’est sorti et il n’y a peut-être que quelques fans comme moi pour se demander si quelque chose paraîtra un jour. A ce jour, tous ces morceaux sont maintenant rassemblés sur le coffret Au cœur de Téléphone, sorti en 2016. Pourtant, ces enregistrements existent et dorment quelque part, tout comme l’intégralité du concert de 1979 à la fête de l’humanité, la tournée dure limite dont aucun enregistrement officiel n’est jamais paru (alors que les concerts parisiens furent filmés et partiellement diffusés à la télévision), le concert du zénith d’octobre 1984, dont il existe un live officiel, sorti en 1986, de 16 titres (alors que le groupe jouait 10 ou 12 titres de plus ce soir-là). Etc…

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    1. Merci pour ce témoignage et ces explications

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  2. Cet album est sans doute le moins « facile d’accès » de la discographie de Telephone et il me paraît nettement plus sombre que les autres : c’est sans doute mon préféré. Est-ce parce que ce disque est le moins joyeux de Telephone qu’il ne se vendit « qu’à » 100.000 exemplaires, soit 4 à 5 fois moins que le précédent (crache ton venin) et le suivant (dure limite) ? Toujours est il qu’il m’a nécessité plusieurs écoutes pour pleinement l’apprécier, avant qu’il ne devienne mon préféré. Mais je comprends qu’il soit peut être aussi le moins aimé, que des morceaux comme Laisse tomber ou Seul ne respirent pas la joie de vivre ; en même temps, et vu la période que le groupe traversait, on ne pouvait pas attendre d’eux autte chose que le noir qui brille sur toute la pochette et qui, c’est le cas de le dire, annonce la couleur ! Il faut aussi re-découvrir la laisse et son intro qui résonne comme un standard des Who, ou encore l’enchaînement Un homme + un homme / Les Ils et les ons, dans lesquels Aubert semble s’être bien amusé pour les textes. Et ne pas oublier Ploum ploum, qui emprunté un slogan anarchiste et qui fut pressenti comme un single potentiel, ce qui ne se fera jamais en raison de la polémique qu’aurait pu susciter ce titre a l’approche des élections présidentielles de 1981.

    Anecdote sur cet album racontée plus tard par JL Aubert, à propos du centre de la pochette ou est écrit « au cœur de la nuit » : il s’y trouve un trou, qui se confond avec celui du disque. Cela avait été fait pour que les disques soient empilés en leur centre sur des sortes de flèches qui auraient pu faire une mise en avant originale chez les disquaires… sauf que le trou de le pochette, celui de la sous pochette et du disque n’étaient jamais alignés et le groupe, censé mettre la main à la pâte pour effectuer cette présentation, a très vite laissé tomber cette tâche !

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  3. Je partage le propos de l’auteur, le groupe se déchire. Aubert est obnubilé par les dollars.
    C’est la période maxi business du groupe qui se rabiboche pour que chacun y trouve sa quête.
    Incontestablement l’album le plus frais et le plus vrai reste reste l’album éponyme Téléphone.

    Pas de chichis, du rock français qui envoie. Le second qui suit restera à l’apogée de la carrière du groupe qui surfera longtemps sur sa notoriété et sa capacité d’écriture.

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