‘Follow The Light’, le premier album de l’artiste américano-jamaïcaine June McDoom est sorti vendredi 16 octobre. Douze titres à l’atmosphère céleste.
June McDoom a grandi en Floride au sein d’une famille jamaïcaine. Son père, menuisier et passionné de son à sa manière, fabriquait ses propres enceintes et entretenait pas moins de trois chaînes hi-fi réparties dans autant de pièces. Autant dire que la jeune fille a très tôt baigné dans un environnement sonore particulièrement riche. Elle a ainsi écouté aussi bien des disques de Dub imprégnés du fameux « Wall of Sound » que des albums de folk gorgés d’harmoniques acoustiques. Cette écoute de Dionne Warwick, Minnie Riperton Pentangle ou Cocteau Twins lui a forgé son oreille, et toutes ces influences se retrouvent logiquement dans sa musique. June McDoom a sorti son premeir album Follow The Light vendredi dernier chez Jagjaguwar / Modulor.
Les 12 titres offrent une sensation vaporeuse et onirique. Dès le morceau d’ouverture, on est transporté dan un univers féerique avec des voix semblant provenir des limbes. Écrite à l’origine comme une chanson folk, Human Angel est devenue l’une des premières expériences de June mêlant le folk à des arrangements reggae, associant une guitare en nylon et un rythme inspiré d’Eek-A-Mouse, le tout superposé à un chant onirique, des textures cristallines et des fioritures de synthé d’un autre monde. L’introduction par le bruit du vent renforce l’aspect mystérieux, de même que les images un brin psychédéliques du clip :
Le morceau suivant Without You prolonge cette impression de rêve éveillé. La très belle mélodie portée par la voix pure de June est soutenu par des arrangements mêlant orchestration classique (harpe, cordes..) et rythmique moderne. Tout a commencé par une partie de batterie enregistrée en direct qui traversait le morceau de bout en bout, avant de se transformer peu à peu en quelque chose de complètement différent, jusqu’à ce qu’une ligne de basse dub et un éclat shoegaze se rencontrent à mi-chemin, là où l’on s’attendrait le moins à trouver l’un ou l’autre.
June McDoom explique : « J’ai écrit “Without You” pour décrire ce sentiment de prendre conscience à quel point la vie peut paraître dénuée de sens sans la ou les personnes que l’on aime, et à quel point on peut se sentir vide sans elles à nos côtés. Je voulais que l’arrangement reflète le parcours émotionnel lié à cette prise de conscience. La fin célèbre cette prise de conscience et l’engagement à ne jamais tenir cette personne pour acquise, car il n’est jamais trop tard pour changer sa façon d’être. »
Ce mélange des genres se retrouve dans pratiquement tous les morceaux, que ce soit une association entre flûte et electro-reggae dans Dream Dub, ou un parfum de chant sacré dans Grandpa, un violoncelle accompagné par une rythmique hip hop dans Forever, ou une batterie ska en contrepoint d’harmonies vocales aériennes sur la chanson-titre qui referme l’album. C’était d’ailleurs la volonté assumée de June McDoom et son partenaire de longue date, Evan Wright : composer ces morceaux lentement, à la main. Pour le duo, l’art de la composition consistait à superposer les parties au fil du temps, à rechercher la texture, à faire preuve de retenue dans leurs explorations et à privilégier délibérément le minimalisme.
Cette démarche se traduit par des sonorités singulières allant des mélodies éthérés qui prédominent sur la plupart des titres au parfois légèrement dissonant (Weaver et sa guitare qui semble désaccordée, ou serait-ce un flottement dans la vitesse d’enregistrement ?). Get Out Of My Life offre un exemple de ce patchwork musical en débutant d’abord autour de guitares folk délicates, presque en apesanteur, avant de glisser vers un rythme reggae ponctué par June sur une vieille flûte à bec qu’elle avait trouvée à Bruxelles et qu’elle apprenait à jouer en autodidacte à l’époque. Cette chanson est illustrée par un clip kaléidoscopique qu’a réalisé Bella Newman :
Un album vraiment singulier tant il est impossible de la classer dans un style à proprement parler. Juste se laisser porter par le côté planant et s’imprégner de l’atmosphère céleste en s’imaginant voler au son de la voix de June McDoom et de ses orchestrations hétéroclites. Un syncrétisme musical qui nous invite à communier avec une forme artistique originale méritant amplement d’être découverte.
JUNE McDOOM SERA EN CONCERT LE 8 AVRIL AU POINT ÉPHÉMÈRE
© Jean-François Convert – Octobre 2026





